Jean-Luc BERLET [Mini-biographie ici]
Philosophe, auteur de « Le Complexe de Dieu » et « Au-delà du désespoir »
«L’humanité gémit à demi-écrasée sous le poids des progrès qu’elle a fait. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d’elle. A elle de voir d’abord si elle veut continuer à vivre. A elle de se de mander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir en outre l’effort nécessaire pour que s’accomplisse, jusque sur notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l’univers, qui est une machine à fabriquer des dieux. » Henri Bergson
Les Evangiles constituent indéniablement un message de paix pour l’Humanité. Tout se passe comme si de nombreuses paroles du Christ étaient directement en rapport avec la situation conflictuelle de la Judée occupée alors par Rome. C’est aussi ce « pacifisme » à l’égard de l’occupant romain qui a valu de nombreux ennemis à Jésus. Beaucoup de juifs qui attendaient la venue d’un Messie sous les traits d’un libérateur national ont été déçu par la « neutralité » politique du Christ. Quand Jésus demandait d’aimer son ennemi ou de tendre l’autre joue, il pensait sans nul doute à l’occupant romain, ce qui ne pouvait que faire scandale pour les partisans d’un recours à la violence. En choisissant de « sacrifier » Jésus, pourtant innocent à la place du nationaliste Barabas, Ponce Pilate a pris une décision très politique visant à apaiser la tension extrême qui régnait alors en Judée. Jésus a été en quelque sorte le bouc-émissaire dont le sacrifice a permis pour un temps au moins le maintient de la paix. Mais une paix ainsi obtenue à travers une injustice terrible ne pouvait pas durer longtemps…
L’intellectuel chrétien René Girard a parfaitement analysé cette logique de la victime expiatoire censée exorciser la violence dans son ouvrage intitulé précisément Le bouc-émissaire. Une tradition juive consistait à désigner un bouc envoyé dans le désert afin que le démon Azazel vienne le posséder, détournant ainsi sa rage destructrice de la communauté humaine. Girard montre le caractère universel de ce type de rituel censé exorciser la violence qui mine les rapport humains. Mais dans la mesure où la logique du bouc-émissaire constitue une stratégie de paix basée sur l’injustice, elle se solde par un échec tragique, car le sang de l’innocent réclame toujours vengeance. René Girard loue dans le christianisme la première tentative de rupture radicale avec une telle logique expiatoire qui fait de l’injustice contre un être le prix de la paix pour tous les autres. Car, précisément dans l’idéal chrétien, le Christ est censé être le dernier homme juste qui meurt pour les fautes de tous les autres. Hélas, dans la réalité historique, le pouvoir chrétien reprendra bien souvent la logique du bouc-émissaire à son compte pour justifier la persécution des juifs ou la guerre contre les musulmans…
Dans une perspective chrétienne pour la paix, l’individu ne saurait être sacrifié au profit de la société. C’est cette morale inflexible de la dignité de la personne en tant que telle que le philosophe chrétien Emmanuel Mounier est venu rappeler à l’Occident au moment où ce dernier s’était laissé séduire par les sirènes mortifères du totalitarisme et du fascisme. Sa doctrine aujourd’hui trop peu connue du personnalisme constitue une affirmation intransigeante du caractère sacré de la personne humaine en tant que telle. Mounier avait même espéré féconder intellectuellement une « troisième voie » humaniste et chrétienne s’opposant à la fois à la déshumanisation communiste et capitaliste. Si son mouvement de pensée n’a pas vraiment réussi à s’imposer, il a tout de même inspiré de grandes figures de la paix et de la justice sociale. Ainsi les deux Polonais les plus célèbres, le syndicaliste Lech Walensa et le pape Jean-Paul II se sont directement réclamé de l’héritage intellectuel de Mounier. En France, Michel Rocard, inventeur du RMI et surtout l’abbé Pierre avec son combat pour les sans-logis sont aussi des émules de cet intellectuel trop peu connu.
Car encore une fois, du point de vue authentiquement chrétien, il ne saurait y avoir de paix durable dans le monde sans défense de la justice sociale. Le pasteur Martin Luther King nous en a fait la démonstration à travers son combat pour les Droits civiques des Noirs aux USA.
[Mini-biographie] - Docteur en philosophie à la Sorbonne, il est enseignant en philosophie, sciences humaines et littérature à l'ISG de Paris et à l'INT d'Evry. Déjà auteur de deux essais, Le Complexe de Dieu (Imago-Exergue, 1999) et Au-delà du désespoir (L’Harmattan, 2005), La Cinquième Cavalière est son troisième ouvrage. Jean-Luc Berlet est aussi fondateur et président d'Accord-Philo, une association intellectuelle qui organise régulièrement des cafés philosophiques à Paris afin de libérer la pensée du carcan conformiste qui lui est imposé aujourd'hui et le dirigeant du cercle des Ambassadeurs de Paix de la FPU à Paris depuis 2003.

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